Comme je n'aivais toujours pas compris

Comme je n'aivais toujours pas compris

Presque un an, jour pour jour, après mon AVC,
je ne m’attendais pas à ça.

Je passais mes après-midis à l’hôpital juste derrière chez moi.

Ma grand-mère y était hospitalisée.


Étant la plus proche,
je devais être la plus disponible.

J’y allais chaque après-midi,
jusqu’à ce que la sœur de ma mère arrive pour prendre le relais.

Je jonglais entre ma vie de maman,
mon quotidien,
et le besoin de disponibilité que la famille attendait de moi.

Un soir, en rentrant,
je commence à me sentir mal.

Froid partout.
Nauséeuse.

Je dis à mon mari que je vais me coucher.
Que je suis trop mal.

Dans la nuit, impossible de dormir.

Je ressens des maux de ventre
dignes de coliques.

Ne tenant plus dans le lit, je décide de me lever.

Et là, je remarque quelque chose :
mon urine est aussi orange que le fruit.

Mon médecin traitant ?
Pas disponible avant l’après-midi.

J’appelle alors le médecin de garde.

Il passe en début de matinée.
M’ausculte sommairement.
Puis conclut à :

« Une vilaine gastro. »

Sans prendre en compte le plus important :
la couleur anormale de mes urines.

Avant de conclure que,

si d’ici quelques jours je ne vais pas mieux,
je devrai revoir mon médecin traitant
pour des examens complémentaires.

Il est midi.
Mon état s’aggrave.

J’appelle mon médecin.
Je lui explique la situation.

Elle me donne rendez-vous pour 14 h.
« On verra pour une échographie. »

Dans la foulée,
j’appelle le centre d’imagerie.

Ils me disent :
« Venez maintenant.
Vous nous apporterez l’ordonnance après.
»

Je ne sais plus marcher.

Bien que le centre soit
à quelques mètres de la maison,
mon mari m’y emmène en voiture.

J’entre presque en rampant.
Comme une limace sur le sol.

Je suis prise en charge immédiatement.

L’échographe appuie.
Ça me fait mal.

Je suis roulée en boule.
Elle me demande de m’allonger normalement.

Je n’y arrive pas.
La douleur est trop forte.

Elle grimace,
me dit « je n'aime pas ça du tout
je n'aime pas ce que voit.
»
Avant de sortir.

Pendant que je me rhabillait.
Je l'entend alors dire à mon mari
« Qu'est ce qu'on fait ?
Vous l'emmenez ou on appelle un véhicule d'urgence ?"

Quand je ressort,
l'échographe me dit
«Vous devez aller de suite à l'hôpital,
on les a appelé ils vous attendent.
Vous avez un liquide d'origine inconnu dans l'abdomen.»

Sans attente,
je suis prise en charge.

On me monte en chambre.

Il y a plein de personnes en blouse blanche.
Elles me pressent de questions,
toutes veulent des réponses en même temps.

Puis on m’annonce que je vais être préparée pour le bloc.

À mon réveil, un vieux médecin vient me voir.

Le visage grave, il me dit :

« Bah alors…
c’était moins une.
À une heure près, vous y restiez.
»

Il me demande si j’avais eu des signes avant-coureurs.

Je lui explique, textuellement,
que la veille, en rentrant,
après être venue voir ma grand-mère, qui est hospitalisée à l’étage,
je ne me sentais pas très bien.

Je lui raconte la nuit,
la couleur de mon urine,
la visite du médecin de garde,
son diagnostic,
le fait qu’à midi je ne pouvais plus marcher,
l’échographie…

Alors il m’explique.

J’ai fait une pancréatite Balthazar E.
La plus grave.

Elle était due à un petit caillou provenant de la vésicule biliaire.

Petit caillou.
Gros dégâts.

Pancréas éclaté.
le Foie et les reins touchés.

Le lendemain,
on me fait me peser.

Moins dix kilos
par rapport à l’avant-veille.

Les médecins sont inquiets.
Je fais de la fièvre*.

Ils veulent la stopper.

Commençant à bien connaître mon corps,
je refuse.

Je leur dis :

« Laissez - moi dans mon bouillon. »

Ils veulent me poser une sonde pour m’alimenter.

Elle ne passe pas.
Mon corps la rejette.

Un médecin arrive.
Un jeune.
Il s’énerve.
Il veut me la poser de force.

Je lui dis alors bien gentiment, de ne pas s’y aviser.

Avant de lui faire remarquer que
« que je consomme du liquide
par sonde directement dans l’estomac
ou que je boive par la bouche,
le liquide arrivera exactement au même endroit.

Et suivra, dans les deux cas, exactement le même trajet."

Face à mon argument,
le médecin s’agace.
L’infirmière rigole.

Avant de sortir le médecin me lâche un
« Et puis merde »

Résultat, pas de sonde.
On m’autorise à manger.

Contre toute attente, j’ai l’autorisation de sortir,
une semaine après mon entrée.

Alors que quelques jours auparavant,
le médecin m’annonçait
que je serais encore hospitalisée
pour les fêtes de fin d’année.


Je serai à la maison ce soir,

pour l'anniversaire de ma plus grande.

Ma grand-mère, elle,

était sortie deux jours plus tôt.

En janvier, les symptômes reviennent.

Je les reconnais.

Je vais plusieurs fois aux urgences.
On me dit d’attendre la consultation programmée en mars.

Je retourne voir mon médecin traitant.

Effarée par la situation,
elle contacte elle-même
sa propre gastro-entérologue.

Un rendez-vous est pris
en urgence,
l’après-midi même.

Elle confirme :
c’est bien le début
d’une nouvelle pancréatite.

Je suis admise dans la foulée en clinique.

Pour soigner la pancréatite
et retirer la vésicule biliaire.

A ma sortie, j’espérais enfin en finir avec les soucis de santé.

Mais…


*Je t'explique les mécanismes à l'œuvre ici