J’entamais ma période de carence suite à la fin de mon CDD.
J’avais déjà connu plusieurs périodes de carence auparavant.
Je profitais de ce répit pour me reposer un peu, en cette fin de grossesse,
mais aussi pour profiter de mes enfants.
En plein après-midi,
je regardais tranquillement un dessin animé avec eux
quand j’ai ressenti une douleur vive au niveau du cœur.
Puis, progressivement,
une sensation de paralysie dans mon bras gauche,
puis le droit,
avant que cela ne touche les membres inférieurs.
J’ai alors demandé,
dans un murmure,
ne pouvant plus vraiment parler,
à mon mari d’appeler les pompiers.
Étant lui-même pompier,
il est venu à mon chevet
et a immédiatement compris l’urgence
lorsqu’il a vu ma mâchoire se déformer.
Ses collègues sont intervenus rapidement
et ont confirmé ce qu'il savait déjà.
Je faisais un AVC
(accident vasculaire cérébral).
J’ai été transportée à l’hôpital,
où je n’ai eu aucune réelle prise en charge,
et j’ai été renvoyée chez moi.
Ne pouvant toujours pas me servir de mon côté gauche,
je suis allée consulter mon médecin traitant
qui m’a lui aussi parlé d’AVC.
Étant en fin de grossesse,
il m’a demandé de retourner aux urgences,
à l’hôpital cardio de Lille,
afin de réaliser des examens.
Durant l’attente aux urgences,
j’ai fait plusieurs répliques d’AVC.
Je n’ai vu un médecin
que tard dans la nuit.
On m’a alors expliqué que, du fait de ma grossesse,
les examens n’étaient pas compatibles avec mon état.
Rien ne m’a été proposé.
Je suis en fin de grossesse
et je me retrouve paralysée de mon côté gauche.
Il m’était inconcevable
de ne pas pouvoir m’occuper pleinement de mon bébé
et de ne plus pouvoir faire
les gestes basiques du quotidien.
Alors, avec l’aide et la patience bienveillante de mon mari,
je me suis lancée dans une
« rééducation maison ».
Oui, j’aurais pu baisser les bras.
Quand je parle de la patience de mon mari,
c’est que lui aussi aurait pu m’exclure
des tâches du quotidien.
Mais il m’a laissée participer,
y compris quand cela aurait été plus rapide pour lui
de faire seul.
Je pense notamment à cette carotte.
Une seule.
Une heure entière
pour l’éplucher.
Une heure
à me battre avec un corps
qui ne me répondait plus.
C'était pathétique.
Mais je savais que
si je lâchais à cet instant précis,
ça signifiait que je renonçais.
Et alors qu’il soutenait
ma « rééducation maison »,
mon mari a, lui aussi,
eu des problèmes de santé.
Pour lui également,
le compte à rebours était lancé.
Il fallait obtenir des rendez-vous en urgence,
ce que j’ai fait.
Nous étions alors deux
à nous soutenir
et à nous entraîner mutuellement.
Lorsque ma cinquième est née,
j’avais déjà bien récupéré en mobilité.
Je remarchais normalement.
Je pouvais me servir de mon bras
et de ma main gauche.
Mais pour la porter,
mon bras gauche se fatiguait très vite
et finissait par lâcher.
Je privilégiais donc
d’autres moyens de portage,
notamment l’écharpe.
Lorsque je la prenais dans les bras,
il y avait toujours
le coussin d’allaitement
pour soulager et sécuriser mon bras.
À ce moment-là, je ne savais pas encore que ce corps,
que je tentais simplement de récupérer,
allait encore me jouer des tours.