J'ai sombré

J'ai sombré

1an après le retrait de la vésicule.

Arrive le petit 6ème, après une grossesse assez difficile.

Mon foie ayant été endommagé par la pancréatite,

il a réagi durant la grossesse, générant une cholestase gravidique.

Dans la foulée, ma grand mère maternelle décède.

Les relations familiales ne sont plus du tout les mêmes.
Le décès de la matriarche a permis à certain de montrer leur vrai visage ...

Et ce n'était pas très reluisant.

Le jour de son enterrement j'ai su que je n'appartenais plus à cette famille.

Quelque mois plus tard, mon dernier né déclenche de graves problèmes respiratoires.

Ne voyant pas d'amélioration à son état, malgré les 2 séances de kiné quotidiennes, notre médecin traitant nous conseille de déménager.

Partir, vers le sud, disant que ça serait mieux pour lui.

Lorsque j'ai rencontré mon mari, il m'avait dit :
"un jour, on vivra à Mont - de - Marsan, dans les Landes"

Le projet avait failli se réaliser quelques années plutôt, après la naissance de notre 2eme fille, mais ça ne s'était pas fait.

Là il se représentait à nous.

Comme lors de la 1ere tentative, on se lance activement dans les recherches.

Elle est là,

dans les annonces,

cette maison pour laquelle j'avais eu un coup de cœur, mais qui à l'époque venait d'être louée.

Cette fois, elle est disponible.

Nous sommes alors 1 an après le décès de ma grand mère, nous filons dans les landes pour visiter cette maison.

Le dossier est déposé.

On remonte, la tête pleine

de cette maison,

de ce panorama

de cette envie d'ailleurs.

L'attente est longue.

Aujourd'hui ça fait 1 an que je suis sortie de la famille et la sentence tombe.

C'est d'accord la maison est à nous !

Nous avons 15 jours pour nous organiser pour les enfants.

Le déménagement fut long, nous avons fait 23 fois la traversée de la France, 15h de route à chaque fois.

Nous avions énormément maigri, mon mari et moi, et étions épuisés.

Mais pas le temps pour le repos. Il y a le quotidien à gérer :

La maison,

les enfants,

le terrain, bien plus grand que celui que nous avions

Puis progressivement, l'isolement s'installe.

Nous sommes les étrangers, on ne nous accepte pas.

Je postule pour trouver du travail, mais toujours la même réponse

"Avec autant d'enfants, votre place est à la maison, pas dans notre entreprise"

Rapidement 7 et 8 sont arrivés.

Et enfin, une soignante a compris. Elle va appuyer mon dossier lors du conseil, composé uniquement d'hommes, afin que je puis enfin obtenir la stérilisation que je demande depuis tant d'année et qui m'était toujours refusé en raison de mon âge. **

Mais ça ne règle pas tout.

Je continuais de faire bonne figure, en répétant à qui veut l'entendre "t'inquiète, je gère"*.

Alors qu'en réalité je m'étais totalement perdue moi même.

Je n'existais plus qu'au travers des autres,

La maman de ...

La femme de ...

même La voisine de ...

Chaque jour ressemblait à celui d'avant.

Les sorties se résumaient à faire les courses et les trajets scolaires

Puis les enfants n'étant pas intégrés à l'école, ils ont demandé à refaire l'école à la maison.

Alors pendant plusieurs années j'ai été parent instructeur.
La charge était immense, mais on a réussi.

Normal, "je gère".

Jusqu'au jour où la mémoire a commencé à me faire défaut :

je perdais mes mots, même les plus simples

j'oubliais ce que je venais faire là

j'oubliais ce que j'allais dire

Et les gestes ont commencé à se décoordonner

Là j'ai compris que c'était grave.

Je vais consulté le médecin traitant

Il me demande ce que j'ai, je lui explique que je ne sais pas, mais que je suis fatiguée, mes pertes de mémoire, les gestes décoordonnés.

et là

La douche froide :

il me dit sèchement : " Si vous même vous ne savez pas ce que vous avez, je ne peux rien pour vous, ça vous fera 35€. Je vous raccompagne la porte est ici "

Aucun examen,

Aucune autre question pour creuser un peu

RIEN

Pas de mots sur ce que je traverse

Juste

le vide

et ce sentiment de solitude et d'abandon


* je t'explique les mécanismes et le coût réel de cette phrase dans cet article

** Petit aparté sur la contraception, parce que je te vois venir : j'avais déjà écumé toutes les autres possibilités avant et suite à l'avc les possibilités étaient très limitées, ne pouvant plus prendre de contraceptif hormonal et étant hyper fertile, il me fallait quelque chose de radical.